Une autre alternative est possible : « Laisser le pétrole sous le sol »

Je vois déja d’ici la réaction de certains de mes « followers » et de mes amis qui croient dur comme fer au décollage économique de Madagascar grâce à ses stocks de pétrole et ses mines. On va encore me taxer d’anticapitaliste, d’irréaliste, ou d’utopiste… En effet, par les temps qui courent, tous ceux qui remettent en question les projets miniers et l’exploitation de notre pétrole, sont vite mis dans cette catégorie! Il faut dire qu’ILS ont réussi à laver nos cerveaux dans ce pays avec leur slogan « exploitation des ressources naturelles = développement ». Moi, je n’en suis pas convaincue, et les 40 années d’expériences malgaches ne font que renforcer ma position! (^__^)

« Laisser le pétrole dans le sol »?!!! Le choix du titre de mon article peut paraître un peu provocateur. Mais vous allez vite vous rendre compte que ce titre est loin d’être une utopie que j’ai dans un coin de ma tête. En fait, il s’agit du combat de tout une communauté, de tout un peuple, de tout un pays : l’Equateur. En effet, depuis 2007, les Amériendiens d’Equateur, renforcés par la société civile en Amazonie équatorienne, a décidé de refuser d’exploiter le pétrole du Parc National Yasuni et donc de « le laisser dans le sol ». Yasuni abrite des populations indigènes isolées, et il est considéré comme l’un des lieux les plus riches de la planète du point de vue de sa diversité biologique. Il a été créé en 1979 et déclaré « Réserve Mondiale de biosphère » par l’UNESCO en 1989. Il s’étend sur 982 000 hectares dans le bassin de l’alto Napo en Amazonie. il offre une variété de 2 274 espèces d’arbres et d’arbustes, sur un seul hectare on peut répertorier jusqu’à 655 espèces différentes. Pourtant Yasuni, c’est aussi une réserve d’environ 850 millions de barils de pétrole, représentant 20% du pétrole en Equateur.

Cette décision n’a pas été facile à prendre, notamment pour le gouvernement équatorien qui, a d’ailleurs demandé à la Communauté internationale de l’aider financièrement à protéger la biodiversité de Yasuni et à maintenir le pétrole dans le sol. Le président équatorien Rafael Correa réclame 3,5 milliards de dollars sur 12 ans pour que le pétrole de Yasuni soit inexploité et son approche a été initialement bien accueillie, voire félicitée, par plusieurs gouvernements et Institutions, et même par le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki Moon (Source : Aline, Timbert, journaliste chez Actu Latino). Mais quel est l’intérêt de maintenir le pétrole dans le sol pour ces Etats et institutions?!!! Simplement parce que la non-exploitation de cette réserve de pétrole de Yasuni permettrait d’éviter l’émission dans l’atmosphère d’environ 407 millions de tonnes de dioxyde de carbone (CO2). Un enjeu capital pour la lutte actuelle contre les changement climatiques.

Certes, Rafael Correa et son gouvernement, avec leur idée de « compensation financière » sont fortement soutenus au niveau international. Mais il a mis en avant un problème de vision et d’approche du développement durable au sein de son propre pays. Et c’est là que le cas de Yasuni me semble encore plus intéressant. En effet, beaucoup d’Amérindiens de Yasuni sont en désaccord total avec le président Rafael Correa pour son appel à l’aide financière internationale. Il faut juste rappeler que lors d’un voyage officiel réalisé au Japon en septembre 2010, le président avait déclaré « L’Équateur a le droit d’extraire ce pétrole, c’est pourquoi le pays réclame une compensation pour ne pas l’exploiter ». Cette phrase a choqué les communautés amérindiennes de Yasuni qui y voient finalement une récupération politique avec des objectifs financiers alors que eux, communautés de Yasuni, souhaitent juste vivre en paix et en harmonie avec la Nature, sans attendre d’être récompensée ou payée. Voilà donc deux visions qui s’affrontent : « laisser le pétrole dans le sol pour vivre de manière durable et en paix » versus « laisser le pétrole dans le sol pour recevoir des fonds internationaux ».

Je vous invite à voir le documentaire ci-après intitulé « Yasuni, good living ». Elle a été réalisée par des collègues universitaires activistes qui militent pour une JUSTICE ENVIRONNEMENTALE. En réalisant ce reportage de 28 mn, ils ont voulu comprendre les tenants et les aboutissants de ce projet « Yasuni, sans le pétrole » et surtout parce qu’ils ont tenu à faire remonter la voix des Amérindiens étouffée et détournée par leurs propres gouvernants qui ont décidé de réclamer de l’argent pour préserver le pétrole sur leur territoire.

Outre le projet « Leave the oil in the soil » censé protéger Yasuni et sa biodiversité, plusieurs autres actions de dénonciation de projets miniers et pétroliers ont été enregistrés en Equateur, pays de révolution où la société civile et les communautés locales sont très engagées et attachées à la défense de leur territoire et de leur survie. Pour ceux qui ne le savent pas, les communautés amérindiennes d’Equateur avaient carrément décidé d’entrer en guerre contre la firme pétrolière nord-américaine CHEVRON qui exploitait le pétrole équatorien dans la province de Sucumbios (nord-est équatorien) et qui avait été à l’origine d’importants dégâts environnementaux et humains. Pour la petite histoire, Texaco Petroleum, rachetée par Chevron en 2001, est accusée d’avoir contaminé les sols et les rivières de l’Amazonie en ayant déversé des métaux lourds et des résidus chimiques dans des fosses à ciel ouvert. D’après la journaliste Aline Timbert, la contamination écologique  dont Chevron est responsable, a eu un impact flagrant sur la santé des habitants de la zone qui vivaient essentiellement des activités agricoles et d’élevage : 2000 personnes sont mortes de cancer et de leucémie. Un constat amer qui a poussé les Amérindiens à porter plainte. A son démarrage, ce combat avait été jugé simplement inéquitable et avait une infime chance d’aboutir. Ben oui, vous imaginez, une communauté amérindienne qui porte plainte contre un géant pétrolier?!!!

Et pourtant, l’inattendue s’est produite!!! Les Amérindiens ont triomphé!! En effet, la Justice a doublement prononcé (première instance et tribunal de la province de Sucumbios) la condamnation de la puissante entreprise pétrolière nord-américaine Chevron à verser une amende de 9,5 milliards de dollars. Un dédommagement financier visant à enrayer la pollution environnementale attribuée aux activités de prospection et d’exploitation de brut menées dans la province de Sucumbíos (nord-est de l’Équateur) par ladite entreprise durant plusieurs années. D’après la partie civile, Chevron a bénéficié d’une concession d’environ 1 million d’hectares au milieu de la forêt amazonienne et qu’il en a exploité 356 puits, au sein desquels elle a construit des réserves de déchets qui ont contaminé les terres et les cours d’eau approvisionnant les communautés autochtones et mettant en danger leur intégrité physique. Le jugement ordonne également à la société Chevron de présenter « des excuses publiques aux victimes », dans le cas contraire elle pourra être condamnée à payer le double de la somme fixée soit plus de 18 milliards de dollars, une amende record qui fait suite aux importants préjudices environnementaux attribués à la société Chevron-Texaco Petroleum en plein coeur de la forêt amazonienne entre 1964 et 1990.

Bref, tant de leçons à tirer de ce merveilleux pays qu’est l’Equateur!

Vahinala

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