Madagascar: De la société de défiance….à la Solidarité!

En octobre dernier, j’ai eu des échanges très intéressantes et enrichissantes avec des jeunes de Toamasina, ville sur la Côte Est de Madagascar, lors d’un Atelier sur l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) organisée par un jeune activiste Malgache, Président d’une association appelée AFAKA (Asa Fa tsy Kabary),  qui est profondément convaincu que l’ESS est une des réponses à la crise que traverse Madagascar depuis 5 ans.

Mon intervention consistait à présenter des expériences d’ESS dans d’autres pays et discuter de sa faisabilité et de son avenir à Madagascar, moi-même étant aussi, un peu convaincue qu’avec plus de 90% de population en grande difficulté au quotidien et une si grande richesse disponible, que ce soit en ressources humaines ou en capital naturel, il y a effectivement beaucoup à faire dans ce domaine (création d’emplois, valorisation de produits Vita Malagasy, intégration dans des filières équitables, etc).

L’un des points que j’ai exposée lors de cette demi-journée d’échanges est que la première condition pour que l’ESS fonctionne, c’est que les individus acceptent avant tout de travailler ensemble et de construire ensemble des projets communs. On passe alors de la logique individuelle à un projet solidaire, de la réussite individuelle à la réussite collective, notion chère au philosophe Albert Jacquard.

La solidarité dont il est question ici, va au-delà de l’entraide en tant de deuil comme on a l’habitude de voir et de pratiquer dans notre société. Elle va au-delà de la charité pour les plus démunis à la sortie de la messe, ou du coup de main pour le cousin qui ne peut pas payer son loyer, ou du recrutement d’un neveu à un poste dans un département du Ministère dans lequel on travaille.
La solidarité dont il est question ici et qui est la base même de cette ESS (et par extension, de la société), c’est ce lien social d’engagement et de dépendance réciproque entre des personnes ainsi tenues à l’endroit des autres. Ce lien devrait aussi impliquer une obligation en commun et une conscience collective.

Le philosophe Jacquard

Deux jeunes étudiants m’interpellent alors durant les discussions. Ils nous ont gentiment livrés leur constat amer d’une société en pleine mutation où la confiance a laissé place à la défiance, et où la solidarité est souvent utilisée à tort ou à raison à des fins individuelles, parfois purement pécuniaires. Plusieurs questions très pertinentes ont ainsi émergé, sans langue de bois: « Comment faire revenir la confiance au sein de la société »? « Comment pourrions-nous envisager des projets collectifs dans une société où les individus ne peuvent plus penser qu’à eux-mêmes dans leur individualité »? « Comment redonner le goût du travail et de la labeur à des jeunes de plus en plus attirés par l’argent facile »? « Comment ramener le goût du vivre ensemble »?

Personnellement, je ne dispose pas de réponses prédéfinies à ces questions, et je crois même que nous ne les trouverons pas dans des livres académiques. Les réponses viendront de la société elle-même, elles se construisent, elles se négocient. On peut s’inspirer des expériences de plusieurs pays qui ont connu les mêmes turbulences que nous, on peut aussi puiser dans nos propres expériences du Passé…mais il n’y a pas de solutions miracles, il n’y a pas de recettes toutes faites. Trouver des solutions est pourtant un impératif car jamais aucune « société de défiance » n’a réussi à construire de grandes choses ensemble. Et à l’heure où tout le monde souhaite que notre Pays sorte de cette léthargie, la première chose à faire est justement de « remplacer la défiance par la confiance ». Il faut impérativement rétablir la confiance entre l’Etat et les citoyens, entre les citoyens et les élites, entre les citoyens et la classe politique, entre les citoyens eux-mêmes!

Comme le souligne Monteil, la confiance en soi comme en l’autre se nourrissent mutuellement, suscitant la confiance en la relation, le projet, l’avenir. Le dialogue social permet l’apprentissage permanent du compromis et la concertation entretient la confiance. Il nous faut revisiter toutes les instances qui font médiation entre l’État et les citoyens. L’enjeu est de raviver le sentiment d’un « nous » porteur d’une confiance en l’avenir. Et réciproquement, les gouvernants peuvent acquérir la confiance des gouvernés par une posture soucieuse d’actualiser sa légitimité à l’aune de ce sens du souhaitable qui émane de l’opinion, à concilier avec le sens du possible qui incombe aux gouvernants.

ESS

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