Le scandale du DDT (suite)

DDT

Mon précédent post intitulé « Madagascar, le DDT et le cancer » a finalement provoqué l’effet escompté : des échanges et des réflexions. D’ailleurs, je souhaite remercier tous ceux qui l’ont diffusé sur les réseaux sociaux et ceux qui ont réagi sur ce blog, mais aussi ceux qui m’ont personnellement interpellée par email.

Aujourd’hui, j’ai décidé de revenir un peu sur ce que les médias et les experts ont qualifié de « scandale du DDT ». Et oui, il s’agit bel et bien d’un scandale, vous allez voir pourquoi…Mais ce qui est intéressant pour nous, ce n’est pas tellement le scandale en lui-même, mais c’est plutôt d’identifier les questions-clés qui sont derrière ainsi que les leçons à tirer de cette affaire.

Pour ceux qui n’ont pas eu le temps de lire mon précédent post, il faut savoir que le DDT (dichloro diphényl trichloro-éthane) est un pesticide  découvert en 1939 et largement utilisé pour lutter contre les insectes qui transmettent de graves maladies tropicales. C’est le premier insecticide moderne qui fut développé contre les moustiques vecteurs du typhus et du paludisme, et utilisé également comme insecticide agricole. Pour la petite histoire, c’est un certain médecin Paul Hermann Müller qui est à l’origine de cette grande découverte (Oui, à l’époque, c’était effectivement accueilli comme une grande innovation pour la Planète). Une découverte qui lui a d’ailleurs valu le prix Nobel de médecine en 1948 et sûrement beaucoup d’argent des industries agroalimentaires et pharmaceutiques selon certains journalistes.

C’est une biologiste internationalement reconnue, Rachel Carson, qui en 1962, dénonça l’utilisation du DDT et du PCB dans l’agriculture dans son livre intitulé « Printemps Silencieux » (le titre de son livre évoque un printemps où l’on n’entendrait pas le chant des oiseaux parce qu’ils seraient tous morts à cause des pesticides). Elle prouva que les pesticides, en particulier le DDT, ont des conséquences dramatiques pour l’environnement et la flore, ainsi que pour la santé des humains. En fait, ce puissant insecticide tue en ouvrant les canaux sodiques des neurones des insectes, ce qui les détruit instantanément, conduisant à des spasmes, puis à la mort…Bien évidemment, Rachel Carson venait là de déclarer la guerre à l’industrie de la Chimie et agroalimentaire. Et ce n’est pas uniquement le lobbying industriel qu’elle se met à dos, mais aussi ceux qui soutiennent la lutte contre les graves maladies tropicales notamment le paludisme et la malaria.

Dès lors, les écologistes se livrent à de multiples batailles juridiques contre les industriels. Il a fallu attendre 1970 pour que le DDT soit  interdit en Amérique du Nord. Puis, en 1972, l’OMS annonce  l’interdiction de sa production et de sa commercialisation. Cependant, cette déclaration de l’OMS n’aura pas vraiment beaucoup d’effets dans l’Hémisphère Sud. Il a fallu attendre encore l’année 2000 pour qu’un traité international (convention de Stockholm) officialise l’interdiction au niveau mondial et oblige les pays à s’engager dans son interdiction totale sur leurs territoires.

Mais coup de théâtre, en 2006, l’OMS fait marche arrière et autorise officiellement l’utilisation du DDT en Asie, en Amérique du Sud, et en Afrique. Elle estime que l’utilisation de DDT à l’intérieur des habitations est sans danger pour la santé. L’agence fait même de la pulvérisation d’insecticide dans les maisons l’une des trois grandes interventions qu’elle préconise contre le paludisme (Déclaration du Dr Anarfi Asamoa-Baah, Sous-Directeur général de l’OMS chargé du VIH/SIDA, de la tuberculose et du paludisme). Et contre toute attente, ce ne sont donc plus les industriels qui se sont clairement opposés aux écologistes et aux autorités sanitaires sur la question de l’innocuité du DDT, mais les organisations qui luttent contre le paludisme. Le Sénateur américain Tom Coburn, l’un des principaux avocats de la lutte antipaludique dans le monde a même fait cette déclaration : « Grâce à la position claire de l’OMS sur la question, nous pouvons enfin couper court aux mythes et prétendues données scientifiques qui n’ont fait qu’aider les vrais ennemis, les moustiques, qui mettent en danger la vie de plus de 300 millions d’enfants chaque année. »

Comme je vous l’ai dit plus haut : On nage en plein scandale ! Pour certains analystes, à cause de ce « choix incompréhensible » de l’OMS, le taux de cancer, d’infertilité, et de malformations infantiles a explosé dans les pays de l’hémisphère Sud. Face à cette vérité qui une nouvelle fois dérange, l’ONU et l’OMS ont toutefois déclaré qu’elles investiraient « dans des fonds dans la recherche pour des alternatives au DDT » et souhaitent que le pesticide ne soit plus utilisé d’ici 2020.

Mes premières questions sont donc : « Comment un produit qui a été interdit en 1970, puis déclaré comme étant « cancérigène » pour l’homme par plusieurs agences, peut-il être réintroduit en 2006? Que fait l’OMS du principe de précaution? Combien de cas de cancer faut-il observer pour que le produit soit aussi déclaré nocif pour l’Afrique, l’Asie et l’Amérique Latine?

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